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L’arbre, le caillou et l’écrivain

Par MICHELE BIASETTI, publié le mardi 28 mars 2017 23:04 - Mis à jour le mardi 13 juin 2017 10:20

             Disséquer l’image des puissants, Olivier Roller l’avait déjà fait auparavant , lors de son exposition sur « Les figures du pouvoir » où il a tenté d’incarner l’image fantasmée du « puissant » en des dizaines de portraits d’hommes et de femmes dépositaires du pouvoir. Ce qui intéresse Olivier Roller, ce n’est pas l’image lisse, polissée que l’autre s’est construit, mais celle qui résiste. Pour lui, le « puissant » n’est que le dépositaire provisoire d’une force qui lui survivra et que d’autres voudront conquérir après lui ». Ce combat serait-il donc vain ?

         La nouvelle proposition de l’artiste, « L’arbre, le caillou et l’écrivain » reste dans cette veine, seul le sujet change ; l’écrivain devient son champ d’investigation. On aurait pu penser que cette commande dans le cadre de la « Fête du livre » aurait bridé son imagination, loin s’en faut … Fidèle à ses habitudes, Olivier Roller veut raconter une histoire à partir de ces visages à l’aspect brut, il les passe au scalpel, montrant ainsi la véracité de l’âme, en habillant la peau de lumière. Oui, pour lui, les visages marqués sont beaux car la marque du temps singularise. La place de l’image est devenue primordiale dans notre société, et pas seulement en politique, dans le cinéma ou la mode. La littérature est elle aussi contaminée par Photoshop. L’écrivain d’aujourd’hui n’est plus comme « hors du monde », l’écrivain n’écrit plus pour se cacher, il se livre avec des mots mais aussi avec son image. De plus en plus la contrôlent. Il est vrai que la littérature est vue comme un art plus noble que la photographie …Qu’importe, Olivier Roller se sent à sa place dans son « sport de looser ». Peu lui importe comment est perçu son travail. D’ailleurs beaucoup de ses modèles n’apprécient pas le résultat… Le principal n’est pas de faire une photo « esthétique» mais qui soit dans le ressenti.

              La Galerie de la Médiathèque Jean Prévost, en offrant son espace au photographe Olivier Roller, nous régale d’un moment suspendu, hors du temps. Olivier Roller n’est pas un photographe conventionnel. Le portrait n’est pas pour lui « le miroir de l’âme ». C’est plutôt une porte d’entrée pour la mise à distance du sujet, pour l’emmener ailleurs, lui faire oublier pourquoi il est là. Le photographe dirige d’une main de fer ses séances. Selon lui, « la bonne image naît quand le sujet prend conscience de ce qu’il a laissé. » Le photographe prend le pouvoir sur le modèle, l’épuise, le pousse dans ses retranchements pour enfin trouver l’essence de ce qui va rester.

           Dans l’exposition, il n’y a presque pas de sourires. Peut–être qu’Olivier Roller veut ôter le masque, rappelerdes temps où rire ou sourire sur les photos était « du terrorisme ». Qui de nos jours, même pour une simple photo de famille, oserait ne pas sourire quitte à se forcer ? Toutefois, dans cette exposition, ce n’est pas la dureté des expressions qui marque le visiteur mais la douceur, disséminée çà et là. Elle passe par l’exploitation originale du profil, de photos prises de dos, de gros plans sur les mains…Olivier Roller cherche ainsi à « montrer ce que les gens ne verront jamais d’eux-mêmes ».

          Enfin, la scénographie, la façon d’accrocher les images sont très étudiées. On a l’impression d’être dans un photoreportage : de grands tirages en côtoient de très petits, il y a des vues de près, des vues de loin…Une belle utilisation du blanc du mur comme ponctuation. Le regard est attiré, la curiosité piquée au vif, on se retrouve rapidement sur la pointe des pieds pour chercher le détail. C’est une forme de narration tout à fait originale, la marque de fabrique d’Olivier Roller. « Entomologiste ça m’irait bien plutôt que photographe », et s’il avait raison?

A.P.

Exposition à la Médiathèque Jean Prévost

Installation de photographies d’Olivier Roller

Du 7 au 25 mars 2017